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06/12/2013

Nelson Mandela: Il s'est laissé traverser par la vie... La vie le poursuit jusque dans l'au-delà

 

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Madiba: une vie pleine

Quand "Jeune Afrique", dans sa parution No 2033-2034 du 28 décembre 1999 au 10 janvier 2000, décide de retourner sur les traces de ceux des fils de l'Afrique qui ont marqué leurs peuples durant le XXe siècle, ses responsables jugent de classer une personnalité "hors concours" selon leur propre terme (p131) ou de ne pas la classer car étant sans catégorie, si vous préférez. Pour "Jeune Afrique", il n'y a pas de doute; Nelson Mandela est "l’Africain du siècle." (p132). La raison? Elle est simple: "Par son génie politique, sa rigueur intellectuelle et sa force morale, il a donné au monde une leçon de démocratie et de générosité" (Idem)

Rolihlahla Mandela, baptisé plus tard Nelson à l'école catholique, ou Madiba comme lui-même le préfère, a été pour l'Afrique du Sud ce que Gandhi fut pour l'Inde? Et Luther King pour les USA, c'est-à-dire un ouvrier de la justice, de la liberté et de la réconciliation.

Né le 18 juillet 1918, lorsque Madiba fuyait son village natal 22 ans plus tard, il pensait que c'était pour échapper au mariage que lui arrangeait la famille. Mais en réalité, il allait ainsi à la rencontre de son destin. Son destin l'invitait à Johannesburg où il entra en contact avec l'hideuse inhumanité que renfermait la pratique ségrégationnelle. Si Mandela a fui la famille (certainement pour ne pas l'offusquer en bon fils africain), il ne fuira pas cette face à la ségrégation qui faisait rage dans les cités sud africaines et dont les victimes étaient ces "colour people" qu'il fallait réduire à néant, à tout prix. Mieux, il s'engagera à 25 ans avec l'ANC pour le rétablissement de l'équilibre sociale en Afrique du Sud. Ainsi, livrera-t-il sa jeunesse, ses pensées, sa chair pour cet idéal. Si donc la fin justifie les moyens, Nelson Mandela n'a pas trouvé autre moyen que lui-même pour la libération de son peuple. Les années passées en prisons ne sont pas un hasard; c'est le prix de son sacrifice, signe de son amour non seulement pour le peuple noir, mais également pour l'ennemi blanc.

Avec Mandela, nous apprenons que par l'amour, nous ne combattons pas contre l'ennemi: nous combattons avec l'ennemi, car si nous arrivons à lui faire changer de mentalité, nous auront gagné un un ami de plus qui pourrait nous être utile. L'ennemi nous donne en réalité l'occasion de nous former. C'est ainsi que la prison et les atrocités dans la carrière de calcaire de Robben Island n'ont jamais créé en lui un esprit de vengeance. Au contraire, il y apprenait Afrikaner car pour lui, "Noirs et Afrikaners avaient un socle commun: l’Afrique à laquelle appartenaient les deux clans." C'est pourquoi, devenu président de la République en 1994, il œuvrera non pas à renverser la balance mais à l'équilibrer en travaillant à la réconciliation.

Nelson Mandela est un modèle pour notre génération, pour l'Afrique "moderne" et pour l'humanité entière à laquelle il a su donner une belle leçon d'amour. En effet, la force de l'homme ne se trouve pas dans sa capacité à nuire, dans les bombes. L'homme fort, c'est celui qui s'est dompté lui-même. Se maîtrisant, chaque pas est un acte de foi et de conviction. Alors, Nelson, dans les pires moments de Robben Island, aura la force de citer Victorien W. E. Henley à un autre prisonnier pour l'encourager: "I am the master of my fate; I am the captain of my soul". Traduction: "Je suis le maître de mon destin; Je suis le capitaine de mon âme". En cela, il diffère très nettement de certains dirigeants africains qui ont dû ventre leur âme au diable en collaborant avec le colon pour éviter les mauvais traitements, sacrifiant ainsi la liberté de leurs peuples... Peut-on me dire aujourd'hui la différence entre l'économie sud-africaine et celle des pays indépendants depuis 1960? Soit on s'impose à l'ennemi par la force de l'amour, soit on subit son aveuglement destructeur.

Pour abréger cet écrit, je dirai qu'il y a trois catégories de personnes dans la vie. Il y a ceux qui traversent la vie sans laisser aucune trace d'une part. D'autre part, nous avons ces hommes qui transportent la mort partout et ne laissent partout que des traces du sang de leurs victimes. Mais il y a une autre catégorie qui se laisse traverser par la vie. Alors elle les inonde, les fait bouger. Et sans le vouloir même, la trace de leur vie s'imprime dans les cœurs et dans les pensées.

Nelson Mandela fait partie de ce dernier groupe. Il a eu une vie bien remplie. Et même dans sa mort, la vie le poursuit pour nous le ramener. Mais hélas non! Ainsi va la vie.

Adieu Madiba! Nous suivrons tes traces pour relever l'Afrique tout entière.

16:21 Écrit par Doh Koué dans Africain, Afrique, Hommage, Nelson Mandela | Lien permanent | |  Imprimer |  Facebook | | | |