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09/12/2013

La mort de Dieu et la liberté occidentale: Nietzsche n'a pas tué Dieu

Déjà publié en juin dernier (2013) sur la page facebook de Afrique, lève toi

 

Liberté occidentale, Mort de Dieu, Colonisation, Humanité, Identité africaine

Les Occidentaux sont arrivés en Afrique avec la certitude que les Africains, à cause de la couleur noire de leur peau, sont des sous-hommes. Sans civilisation, il faut leur apporter la civilisation, occidentale. Aussi, ont-ils posé l’équation : « Christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie ».[1] Ceci étant, la civilisation de l’Afrique doit passer par sa christianisation. Le problème est qu’au moment où se tient le Congrès de Berlin, Nietzsche avait déjà écrit la seconde partie de Ainsi parlait Zarathoustra où il constate la mort de Dieu. En d’autres termes, l’Occident avait déjà renié Dieu. Il avait trouvé le moyen de se passer de Dieu. Il l’a donc tué. Et c’est avec « l’imposant cadavre de Dieu »[2], en état de corruption avancée, qu’il débarque en Afrique. Mais, comment en est-on arrivé à la mort de Dieu ? De quoi est-il mort ? Au nom de quoi ? Ce qu’il faut comprendre, c’est que si Nietzsche affirme que Dieu est mort, ce n’est pas lui qui l’a tué. Il constate simplement et refuse de mettre sa foi en un cadavre, fusse-t-il divin.

En réalité, dès qu’il a commencé à voir et à jouir des fruits de la maîtrise et de la possession de la nature, l’Occident « a commencé, timidement, par reléguer Dieu "entre guillemets". »[3]

Désormais, le principe morale n’est plus "agis de telle sorte que tu plaises à Dieu". La maxime correcte et complète est kantienne : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »[4] Autrement dit, je respecte l’autre seulement parce que je lui dois du respect en tant que personne humaine. Le respect que je donne à l’autre ne doit pas être en vue d’obtenir une quelque faveur divine. Dieu cesse d’être la norme suprême. La nouvelle norme, fin en soi, c’est l’homme. Nous voyons que dans l’Occident moderne, l’homme se soustrait à Dieu. Il se choisit lui-même comme valeur, comme norme : c’est la laïcité ou le culte du profane. Mais l’Occident ne s’arrête pas à la mise entre parenthèse de Dieu. Il réclame une chose : la liberté ; et la liberté totale, c’est-à-dire la liberté comme absence de toute contrainte, fusse-t-elle divine. Ainsi, « deux siècle après, ayant acquis plus d’assurance, il décréta : "Dieu est mort." De ce jour date le travail frénétique. Nietzsche est contemporain de la révolution industrielle. »[5] L’Occident de la révolution industrielle, c’est l’Occident de la frénésie : raisonnement frénétique, travail frénétique, rendement frénétique, laïcité frénétique. Le raisonnement frénétique, c’est la technologie, science des procédés méthodiques employés à la production. Le travail et le rendement frénétique, c’est le capitalisme dont le principe est l’absence de limite à l’accumulation des biens. La laïcité frénétique, quant à elle, c’est l’athéisme dans lequel on ne se contente plus de se passer de Dieu. On le rejette, on le combat, et finalement, on le tue dans les cœurs. Tout cela se fait au nom de la liberté, car l’homme est liberté. C’est justement ce que montre l’exemple français de la fin du XVIIIe siècle : Paris, « en s’emparant de la Bastille, avait manifesté sa volonté de briser le despotisme »[6], sa volonté de jouir pleinement et totalement de sa liberté en tant que société humaine. Ainsi, « la déclaration des droits de l’homme définit le caractère sacré de l’égalité et de la liberté. »[7] Ici, ce qui est sacré, ce n’est pas Dieu ; c’est la liberté de l’homme.

Comme nous nous en rendons compte, pour l’affirmation de sa liberté, l’Occident a posé un postulat : "Dieu est mort". Ainsi, tout est permis, même la possession de l’homme par l’homme, d’une société humaine par une autre, définissant le caractère de la colonisation en Afrique. L’Occident proclame sa liberté ; une liberté qui se réalise outre Dieu et non avec lui. L’Occident moderne n’est pas d’accord avec Kierkegaard lorsqu’il estime que « tu ne peux la sauver, (parlant de la liberté), qu’en la rendant à Dieu en plein abandon et toi en elle. Si tu t’affliges assez profondément, tu l’auras de nouveau. »[8] La liberté occidentale « n’est autre chose que l’absence de tous les empêchements qui s’opposent à quelque mouvement. »[9] Les Occidentaux, ayant tué Dieu pour être libres, le cadavre de celui-ci est utilisé comme moyen de colonisation.

 



[1] Césaire (Aimé), Discours sur le colonialisme.

[2] Nietzsche (Friedrich), Ainsi parlait Zarathoustra, trad. Marthe Robert, Paris, 10/18, 1977, 2e partie, Section "Des âmes compatissantes", p 84

[3] Kane (Cheikh Hamidou), L’Aventure ambiguë, 10/18, p 113

[4] Kant (Emmanuel), Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785, trad. Delbos, Paris, Delagrave, 1967, p. 160

[5] Kane (Cheikh Hamidou), Ibid

[6] La Gorce (Paul-Marie de), "Passé", in La France, Collection monde et voyages, Paris, Librairie Larousse, 1967, p. 30.

[7] Idem

[8] Rapporté par Wahl (Jean) in Etudes kierkegaardiennes, Paris, F. Aubier, 1938, p. 290

[9]Hobbes, Le Citoyen, 1642, Section 2, chapitre IX, trad. S. Sorbière, Paris, Collection GF, p. 189.