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20/12/2013

"L’HYBRIDE" : METAPHORE D’UNE NON-IDENTITE AFRICAINE

L’hybride, c’est l’issue d’un croisement de variétés ou d’espèces différentes. C’est l’état de ce qui n’est pas pur, au sens chimique du terme. L’Africain se trouve dans l’hybride, cela signifie qu’il n’est plus lui-même ; il n’est pas non plus l’autre. Il est entre les deux, ne sachant à qui s’identifier. En effet, depuis sa rencontre avec l’homme blanc, l’Africain n’a cessé de se métamorphoser. Mais le drame dans cette situation, c’est que « quelquefois, la métamorphose ne s’achève pas, elle nous installe dans l’hybride et nous y laisse. Alors, nous nous cachons, couverts de honte. »[1] Ainsi "l’hybride" est-il le concept approprié pour désigner la bâtardise culturelle dans laquelle se trouve l’Africain. Dans cette situation, comment se chercher s’il ne sait où et comment se trouver ? Dépossédé de son identité originelle, l’Africain se rend compte qu’il ne saurait être blanc, de façon véritable, pas même intellectuellement. Finalement, le drame africain ressemble à la situation que nous présente Francis Bebey dans Le fils d’Agatha Moudio. Le héros de l’œuvre est perdu entre deux fils ; l’un est noir. Il est né de son épouse traditionnelle. L’autre, blanc, est né d’Agatha, l’épouse européanisée. Le drame est qu’en fin de compte, ni l’un ni l’autre des enfants n’est celui du héros. La question est : de qui est né l’Africain colonisé ?[2]

Ayant pris conscience, à un moment donné, de la situation dramatique qui est la sienne, l’intellectuel africain veut entreprendre une réelle recherche de solution à son problème. La difficulté est que le problème ne change pas ; son ambigüité demeure et se fait encore plus forte lorsqu’on tente de le résoudre. Une chose est sure, c’est que l’Africain, à un moment donné, fait un constat : son identité est détruite et aliénée. La première issue qui se présente à lui, la plus immédiate, c’est de chercher à réhabilité son identité bafouée.

L’ambigüité de l’aventure africaine signifie qu’il y a devant l’Africain colonisé, deux choix, ou du moins deux termes d’un choix ; celui de la voie à suivre pour vivre en tant qu’homme africain. La voie de l’Occidentalité qui s’impose comme modèle est la voie qui mène à la disparition de l’Africain déjà détruit. Derrière, dans le passé, nous remarquons que les ancêtres, avec leur culture, ont connu plus de dignité, ont eu plus de contenu, et donc ont pu plus résister. Il faut ainsi retourner à la source, puiser l’eau qui y a coulé, l’eau de la culture nègre diabolisée et délaissée.


Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l'Africanité



[1]  Kane (Cheikh Hamidou), L’aventure ambigüe, , Paris, 10/18, 1997, p 125

[2] Rapporté par Gounongbé (Ari), Toile de soi : culture colonisée et expressions d’identité, Paris, L’Harmattan, 1995, p 129

 

Commentaires

Il faut oser s'oser s'aventurer dans les profondeurs de l'Afrique authentique pour en sortir la nouvelle Afrique.

Écrit par : Doh Koue | 20/12/2013

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