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23/12/2013

VOULONS-NOUS UNE AFRIQUE LIBRE? ... IL NOUS FAUT D'ABORD UNE LANGUE LIBRE.

Nouchi, Langue africaine, Identité africaine

Tito n'est pas idiot. Il veut simplement la liberté de langage


Si la langue est le signe de colonisation par excellence, elle est également un puissant moteur quand il s'agit de conquérir la liberté. L'Afrique libre doit être celles de nations qui sont génitrices de leurs propres langues officielles.

Pourquoi pas le "Nouchi" pour la côte d'Ivoire, et même au delà?

Le disant, je peux paraître cynique. Mais et si le cynique pouvait nous sauver d'un sinistre culturelle? Lisez plutôt pour voir et apprécier.

Le mot "Nouchi" vient du Mandingue. Il signifie littéralement "poils du nez". Il est « un mélange de français et de plusieurs langues de Côte d’Ivoire. Il est apparu dans les années 1970. » Cette appellation, à la limite péjorative, vient du fait que le "Nouchi" est initialement un parler de la rue, la langue « des jeunes mal scolarisés ou délinquants, ne maîtrisant pas bien la langue française. » De cette façon, proposer le Nouchi comme une langue ivoirienne pour former une identité culturelle, pourrait paraitre proposer à la société ivoirienne tout entière de "descendre dans les rues" pour sombrer dans la délinquance. Toutefois, une analyse plus poussée du Nouchi et de sa progression au sein de la société ivoirienne nous fait voir, qu’au fil des années, il est devenu, plus que le français, la langue de communication des ivoiriens : « Le nouchi est en réalité un pidgin, c’est-à-dire un parler rudimentaire, simple qu’utilisent des gens de différents groupes linguistiques pour leurs besoins de communication. » Si tel est le cas, et que l’importance d’une langue réside dans sa capacité à véhiculer, de façon fluide, les pensées, les points de vue des membres d’une société, alors nous pensons que ce que nous appelons aujourd’hui "Nouchi", peut être débarrassé de sa "moustache" de délinquance pour s’engager sur le chemin du développement de la société ivoirienne. En fait, ce « poil du nez » est la « moustache » qui identifie « le méchant à qui tout le monde veut ressembler, » car incarnant la force brute qui fait qu’il est « craint de tous ». C’est donc plutôt de cet aspect violent, qui rappelle l’état de nature hobbesien et qui est rattaché à la langue nouchi, que nous devons travailler à l’exorciser. Nous pourrons, pour ainsi dire, passer du Nouchi à l’Ivoirien, c’est-à-dire la langue qui permet à tous les ivoiriens de se comprendre au-delà des frontières ethno-tribales, et donc qui emmènerait une vraie nation ivoirienne.

Mais par-delà la simple communication entre ivoiriens, nous pensons que "l’Ivoirien" qui va ainsi naitre pourra être amené, grâce à la recherche, au niveau d’une langue scientifique qui s’adapte à tous les domaines de la connaissance, car le Nouchi est une langue dynamique qui va plus loin que les langues traditionnelles africaines, sur le plan technique et technologique. Et comme langue « mixte, hybride » enrichi de plusieurs langues africaines, occidentales et de créations propre au Nouchi lui-même, nous pourrons aboutir à l’une des langues les plus riches dans le monde, car ayant su se servir des différences culturelles mondiales.

Aujourd’hui, « de langue des petits voyous, le Nouchi est devenu la langue de la comédie populaire ivoirienne, voire de la musique ivoirienne. » Il pénètre donc la culture de façon inéluctable, mais aussi le Nouchi se retrouve de façon implicite et officieuse dans le système scolaire ivoirien : « Le nouchi concurrence bien évidemment le français populaire chez les jeunes, mais également "le français de l’école" puisqu’il est devenu la première langue parlée dans la cour de l’école (64 %) sans compter que 33 % des élèves disent le parler en classe » surement avec les enseignants. Si donc il est un moyen privilégié d’échange entre l’enseignant et l’apprenant, nous pensons qu’il en serait également le meilleur pour communiquer le savoir.

Etant donné que le Nouchi a commencé lui-même ce parcours, de la rue à la culture, puis dans la cour de l’école, nous pensons que, quelques efforts intellectuels concentrés et de recherches approfondies pourraient en faire une langue scientifique parlée et étudiée à l’école ivoirienne, avec des codes ivoiriens. Cela permettra d’en maîtriser les contours et d’éviter les errements dans lesquels sont la plupart sinon tous les pays africains, car tenus par les codes linguistiques occidentaux qui ne seraient jamais entièrement maîtrisés par les Africains, malgré les efforts et la bonne foi des intellectuels, surtout sur le chemin du développement. En fait, l’on ne peut maîtriser que ce qu’il a conçu. C’est donc la maîtrise de nos langues nationales modernes, et la recherche de leur approfondissement qui nous permettront de découvrir ce qui est proprement africain sans pour autant être en opposition avec le reste du monde. Ainsi, loin de nous écarter de la mondialisation et d’en subir les effets, les langues nationales africaines nous y ferons entrer par la porte glorieuse de la culture, de la science et de la technique africaines.

Cela fait pour chaque Etat africain, nous pourrons avoir des nations africaines fortes. Nous aurons une Afrique avec laquelle le monde pourra compter et qui présentera à « l’universel rendez-vous du donner et du recevoir » non pas comme une pâle copie de l’Occident, mais comme cette partie du monde qui réapprend à l’humanité la saveur de la culture.

C’est pourquoi aussi, il faudra reformer les systèmes des lois et du droit en général tel que pratiqués actuellement en Afrique. A partir des langues modernes africaines qui naîtront, il faudra donner à l’Afrique, des lois qui prennent en compte les systèmes de valeurs africaines, la conception et l’exercice du pouvoir, et la question des droits humains en Afrique noire.

Nous sommes conscients que notre proposition pourrait paraître cynique. Nous l’assumons, car nous pensons que le cynique, pour une fois, pourrait nous sauver l’Afrique du sinistre culturel dans lequel il est plongé. Ces quelques éléments non approfondis, sont une piste, encore brumeuse, pour une nouvelle identité africaine qui n’a pas besoin de nier l’extérieur pour être et qui, en même temps, s’arme pour ne pas subir l’extérieur.

 
Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l'Africanité