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15/01/2014

GENERATION COUPE-DECALE: DES DANCEURS AMBULANTS

Coupé-décalé, Musique, Dépravation, Bourteurs

Le travaillement est loin d'être un travail

 

La musique, avait-on l’habitude d’entendre, adoucit les mœurs. Cela signifie que dans un état de fatigue, de stress, de solitude, de souffrance, guerre, la musique vient pour nous faire oublier tant soit peu notre indélicate situation en universalisant notre cas singulier.

Et à chaque situation donc dans laquelle nous nous trouvons, correspond un type de musique que nous nous choisissons. Quand on est en peine, quand on a peur, quand on est en joie ou lorsque nous surprend l’amour ; à des funérailles ou à un mariage, dans un dancing club ou à un diner gala, le vrai connaisseur sait toujours choisir sa musique pour l’adapter à la circonstance.

En Côte d’Ivoire, au fil des époques, plusieurs genres musicaux se sont succédé. Dans les années 60,70 et 80, la musique était plutôt gaie. Les années 90 furent celle des critiques, des dénonciations et de la description de la « galère », car justement la crise était là. De cette époque date la musique "zougloutique" qui est la plateforme où se relatent « les réalités sociales diverses vécues par la jeunesse ivoirienne et porte tantôt des messages humoristiques, tantôt des messages politiques, ou bien, plus souvent, délivre des conseils sur la vie »

A partir de 2002, commence la guerre en Côte d’Ivoire. La peur, la tristesse, l’angoisse deviennent le quotidien des ivoiriens, car la mort rode et peut tomber à tout moment. Ce moment favorise également l’émergence d’une nouvelle catégorie d’économie à côté de celle du "budget sécurisé" de Bohoun Bouabré. Ce nouveau système économique est celui dans lequel on saute même les clés de sécurité des banques et autres entreprises et personnes. En 2003, lui naît un fils musique pour mieux le véhiculer : commence alors l’ère des "coupeurs" et "décaleurs". Or qu’est-ce que "couper et décaler" ? En Nouchi, l'argot ivoirien, « couper » signifie tricher, voler ou arnaquer et « décaler », partir ou s'enfuir. Il s’agit donc dans le coupé-décalé, d’arnaquer, de voler (généralement en Europe) pour fuir et venir se "produire" au pays comme "boucantier très très fort".

La musique ivoirienne prend ici une autre tournure. Si la musique de feu Ernesto Djédjé pouvait être interprétée, si en écoutant une chanson zouglou on peut en tirer un conseil, le coupé-décalé a fini par faire des jeunes ivoiriens des danseurs ambulants qui ne cherchent plus à écouter. D’ailleurs que peut-on retenir de sensé dans un "grikata grikata pampan" !?. Tout ce à quoi donne envie cette musique très rythmée (mais sans paroles), c'est de danser, à tue-tête.

La philosophie du coupé-décalé est celle de la facilité et de la dépravation qui font qu'en voulant ressembler à leurs stars, les jeunes ivoiriens ne rêvent qu’à l’argent et au sexe, sans penser travail. Finalement, une bonne partie de cette jeunesse ne jure plus que par la "moutonnerie". Pardonnez-moi mais que signifie brouter ?

Je veux abréger mes interrogations en vous laissant celle-ci : Que deviendra notre pays lorsque cette génération brouteuse devra présider à sa destinée ?

Pensez un peu à Mai 68 en France, et le comportement de ses dirigeants de ces dernières années… Toute cause produit forcément des effets !

Doh Koué, La voix qui crie dans le désert de l'Africanité

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