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01/03/2014

LA PALABRE AFRICAINE : POUR UNE JUSTICE HARMONIEUSE

Palabre, Arbre à palabre, justice sociale, harmonie sociale, Afrique

A la sortie de la palabre, c'est un accord qui est trouvé en non un verdict qui est rendu

 

L’homme est un être de société. Il vit en société comme le lieu de sa réalisation, le lieu où il rencontre ses semblables avec qui il se complète. En fait, l’homme ne vit pas en société par instinct grégaire comme c’est le cas chez les animaux. Il cherche l’autre, et cherche à vivre avec lui justement parce qu’il sait que sans ce dernier, son existence ne saurait avoir un sens.

Mais, la cohabitation avec l’autre n’est pas toujours sans tension. Comment alors faire puisque la présence de l’autre est à la fois une nécessité et un problème pour l’être humain ? Plusieurs penseurs, et non des moindres ont réfléchit sur le sujet et ont proposé des solutions aussi impressionnantes que pratiques.

Il ne s’agit donc pas ici de revenir sur les mêmes spéculations. Nous voulons, faire un retour au cœur de l’Afrique authentique, l’Afrique traditionnelle, afin de voir comment l’on résolvait les différends entre les membres de la société.

Dans l’Afrique traditionnelle, la PALABRE est le moyen privilégié de règlement des conflits entre les membres de la communauté. La palabre est un moment de discussions que la communauté organise, soit pour prendre une décision importante engageant l’avenir de la société, soit en vue de régler des discordes existant entre des individus ou groupes d’individus. Son intérêt est qu’au-delà des décisions ou résolutions qui sont prises, c’est l’harmonie communautaire qui doit être préservée. En fait, en Afrique (non pas celle taillée à l’image de l’Occident), « Le groupe est la réalité, le souverain bien, le refuge, la citadelle sans laquelle l’individu serait en péril. L’homme se meut, évolue, se réalise au sein du groupe. Le refus absolu -refus rupture- est une hérésie. Il est désagrégateur du groupe, il fragilise l’individu, le condamne au suicide. »[1] Autrement dit, dans la logique africaine, l’homme n’a de valeur et ne peut vivre, en tant qu’homme, que lorsqu’il reste attaché à sa société, à sa culture, et travaille à sa solidification. Pour ce faire, il doit avoir le temps, être disponible, faire attention à tout ce qui touche la société et faire l’effort d’éviter, fusse-t-il au prix de sa liberté personnelle, tout ce qui peut mettre en péril la cohésion du groupe ; car quand le groupe est ébranlé, l’individu se trouve, par la même occasion, exposé à la disparition.

L’objectif de la palabre est donc d’amener les protagonistes à privilégier l’intérêt de la communauté en renonçant, chacun, à ses intérêts égoïstes. C’est pourquoi, le différend résolu, il n’y a jamais de frustré, car ici, rendre justice signifie non, réparer un tort personnel mais c'est surtout trouver un accord entre ces protagonistes afin de revenir à l'ordre social. C’est en cela que nous sommes en accord avec wikipédia lorsque la palabre y est définie comme « une coutume de rencontre, et de création ou de maintien du lien social. » Et d’ajouter : « Elle apparaît comme une véritable institution sociale à laquelle participe toute ou partie de la communauté d'un village. »[2]

Nous nous en rendons compte, la juste pratiquée sous l’arbre à palabre n’est aucunement une justice punitive. Il s’agit là d’une justice sociale dont les principes sont la société comme valeur suprême, la parole comme mode de transmission de la pensée et le respect des aînés et de l’autorité comme source d’harmonie du groupe. Son but unique est le rétablissement ou la préservation de l’harmonie sociale ; la sanction n’y est que symbolique.

Si tel est le cas qu’avec la palabre authentiquement africaine, l’on peut rendre justice sans causer d’autres torts, si elle est un moyen de conservation du lien social, nous pensons qu’incontestablement, l’Afrique dispose du meilleur appareil judiciaire jamais connu.

Au lieu donc de copier le système judiciaire occidental qui nous échappe toujours, et dont nous sommes toujours les grands perdants, la peine en vaut de revenir à la palabre. Il suffit d’un peu d’effort de la part de nos juristes pour la codifier et doter de nos nations de véritables juridictions impartiales. C'est là le secret de la réconciliation.



[1] Badian Kouyaté (Seydou), Les dirigeants africains face à leurs peuples, Paris, Maspero, cité par Lilyan Kesteloot, Anthologie négro africaine, Histoire et textes de 1918 à nos jours, Nouvelle Edition, Paris, EDICEF, 1997, p 302

[2] www.wikipedia.com, Palabre, consulté le 1er/03/2014

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l'Africanité

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