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27/03/2014

Le Noir a-t-il cessé d'être un Sous-homme ? (1ère partie)

Sous-homme, Noirs, Blancs

Introduction

Durant plusieurs siècles, les Blancs se sont évertués à démontrer que les Noirs ne sauraient être des hommes. Ils leur ont, au passage, trouvé un nom : ce sont des sous-hommes. De cette façon, on peut définir le sous-homme comme l’homme en-dessous de l’homme blanc ; c’est-à-dire qui ne pense pas comme le Blanc, qui ne marche pas comme lui, qui ne voit pas le monde comme lui. Celui-là, pour l’Occident, est encore à l’état sauvage duquel il faut le sortir, de gré ou de force. Et le mot actif trouvé pour le faire, c’est la colonisation.

Ainsi, dès la fin du XIXe siècle, se sont-ils rués sur le continent noir. Depuis lors, le regard que le Blanc porte sur le noir a-t-il changé? Le Blanc arrive-t-il à reconnaître dans le Noir la même humanité qui en lui? Comment justifier les un-dépend que sont devenus les peuples africains particulièrement, constitués en pseudo nations effrayants et mangent leurs propres fils?

Nous commencerons par jeter un regard sur la manière dont s'est constituée la monstrueuse idée de sous-humanité des Noirs, avant d'en cherche d'éventuelles progressions ou digressions.

Première partie : Les preuves anté-coloniales de la sous humanité des Noirs

La philosophie,  la religion, la techno-science, tous les moyens ont été cooptés pour à cette démonstration de la sous-humanité des Nègres.

1.     La preuve historique

La première preuve de cette démonstration est que l’on ne sait rigoureusement rien sur l’histoire des peuples noirs. Et s’il y a une quelconque histoire qui leur est attribuée, elle doit être emprunte d’occidentalité, car « l’histoire ne jaillit que du seul contact avec la race Blanche. »[1] C’est ainsi qu’Hegel, qui n’a jamais fait de voyage en Afrique, écrit sur l’Afrique que celle-ci est « le pays de l’enfance qui, au-delà du jour de l’histoire, est enveloppé dans la couleur noir de la nuit » Aussi, selon lui, « l’esclavage a fait naître plus d’humanité parmi les Nègres »[2] En d’autres termes, la couleur noire de la peau des Africains est le symbole que l’Afrique n’ est pas encore née au jour de l’histoire universelle, elle n’a pas connu d’histoire ; elle n’a pas d’histoire. Si c’est l’esclavage qui apporte un peu d’humanité au Nègre, cela signifie que c’est seulement au contact avec le Blanc que les Noirs ont commencé à avoir une histoire.

2.     La preuve religieuse et génétique

La religion, notamment le Christianisme, a aussi servi d’appui à montrer la sous-humanité du Noir. Ainsi, des textes bibliques ont-ils été récupérés et interprétés de sorte à montrer que le noir n’est que le signe du péché et de l’enfer. Etymologiquement, le mot Afrique viendrait de l’hébreux "Afer". Afer ou Epher, fils d’Abraham et de sa servante Kétura, était guerrier.[3] Il vainquit les habitants de la Lybie d’alors et s’y installa. Ce sont les descendants de ce denier qui, ayant pris le nom de "Afri", seraient à l’origine du nom "Africa" que porte le continent noir.[4] Mais, si l’appellation du continent a été établie sans porter de jugement, il n’en est pas moins que le qualificatif "noir", qui y est attaché, est sujet de plusieurs interprétations non moins fantaisistes.

Deux autres exégèses bibliques viennent appuyer l’origine non africaine des peuples noirs. La première s’appuie sur l’origine du mot Ethiopie. Le terme Ethiopie vient du grec "Aethiop" qui signifie "face brulée".[5] L’interprétation qui en a été faite est que, le soleil brillant et brulant le long de l’année, est le signe d’un feu jaillissant sans cesse, dévorant et impossible à éteindre. Si donc les habitants de l’Ethiopie sont noirs, c’est justement parce qu’ils ont la face brulée. Et le noir, face brulée, est le signe du péché et de l’enfer qui en est la conséquence. C’est pourquoi, le deuxième fleuve sortant du jardin d’Eden, "Géan" ou "Guihon", symbole de la chasteté, coulerait autour de l’Ethiopie pour laver le corps abject et éteindre l’incendie de la chair méprisable. C’est cette logique religieuse du "noir signe du péché", et donc méprisable sinon qu’il faut exorciser, influençant les rapports entre Blancs et Noirs, ont aidé à conclure de la sous-humanité du dernier. De cette façon, la condition nécessaire pour que le Noir devienne homme, c’est de renoncer à son être noir de péché, pour adopter un nouvel être : l’être blanc, gage de la lumière, du progrès, de la civilisation. En fin de compte, Hegel ayant établi que les Africains sont sans histoire, celle que les Occidentaux ont montée pour l’Afrique, est foncièrement emprunte de négativité et de nature à faciliter la perte de l’identité africaine originelle. Cela, les Occidentaux l’ont fait, non pas parce qu’ils ignoraient l’histoire de la civilisation égyptienne antique, mais parce qu’il leur fallait établir la nécessité de coloniser l’Afrique et les Africains. C’est pourquoi, Aimé Césaire indique la religion chrétienne comme responsable de l’émergence, de la consolidation et de l’exécution du projet colonial. Il écrit : « Le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme égal civilisation ; paganisme égal sauvagerie (…) »[6]

3.     La preuve linguistique et rationaliste

Un autre facteur, non moins important, qui a contribué à montrer la sous-humanité du Nègre, c’est la langue. « Système d’expression et de communication, commun à un groupe social »[7], la langue est l’instrument qu’a ce groupe pour transmettre ses pensées, sa vision du monde et de l’homme. Autrement dit, tel un peuple s’exprime, tel il pense. Si sa langue est pauvre et peu dynamique, ses pensées le sont aussi. Or en Afrique justement, l’Occident avait détecté l’inexistence de pensées, de raisonnements, au sens de « ce que les logiciens appellent les opérations discursives de la pensées. »[8] Dans les Africains, « la pensée est pour ainsi dire morte, ou du moins, elle ne sait presque jamais s’élever au-dessus de la terre (…) Hommes grossiers qui font leur dieu de leur vente. »[9] Si donc les Africains, comme tous les autres « peuples primitifs », ne savent pas penser, la conséquence serait que ce qu’ils expriment en parlant est tout aussi grossier et "ventricentrique" que les pensées qu’extériorise leur langage. Cela dit, l’Africain, selon les Occidentaux, a besoin d’une langue, leur langue occidentale, afin de raisonner, c’est-à-dire d’avoir des pensées discursives comme celles de l’Occident.

Conclusion à la première partie

Nous voyons, pour ainsi dire, jusqu’ici, que l’Occident s’est employé à montrer la sous-humanité des Noirs, d’abord sur le plan historico-religieux, et par la suite, sur le plan linguistique. A tous ces niveaux, ils établissent que les Noirs Africains sont sans civilisation, sans science véritable qui pourrait favoriser le progrès. Toutes ces "bonnes nouvelles" qu’ils sont venus annoncer avait un seul but : convaincre le Noir de sa sous-humanité afin de rendre nécessaire la colonisation.

A suivre...

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l’Africanité.



[1] Gobineau, cité par Gounongbé (Ari), La toile de soi : culture colonisée et expressions d’identité, Paris, l’Harmattan, 1995, pp 54-55.

[2] Hegel (Georg Wilhelm Friedrich), Leçons sur l’histoire de la philosophie, trad. G. Giberlin, p

[3] La Sainte Bible, Version Louis Segond 1910, Livr’Afrique, 2002, "Genèse chap. 25 versets 1 - 4"

[4] Mâga (Munsa), "Origine du mot "AFRIQUE" de Zélote Zeuloth", in Diaspora et Révolution Kamite, www.pyepimania.com

[5] Jacques Blais, "ETHIOPIE : Les perches du lac rose", sur www.exmed.org

[6]Césaire (Aimé), Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1973, p 9

[7]Le Robert de poche, Paris, Dictionnaires LE ROBERT, 1995, p 410

[8] Lévy-Bruhl (Lucien), La mentalité primitive, Paris, PUF, Collection Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1ère édition 1922, 15e édition 1960, 544p, version numérique de Marcelle Bergeron, Chicoutimi (Québec), "Les classiques des sciences sociales", Introduction, p 12, consulté sur www.uqac.uquebec.ca.

[9]Schrumpf, Missions évangéliques, XXII (1848), p 82, cité par Lucien Lévy-Bruhl, Idem, p 14 

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