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04/04/2014

Le Noir a-t-il cessé d'être un Sous-homme ? (2e partie)

 Noirs, Occident, Blancs, Afrique, Sous-humains, Homme

Nous voyons, pour ainsi dire, jusqu’ici, que l’Occident s’est employé à montrer la sous-humanité des Noirs, d’abord sur le plan historico-religieux, et par la suite, sur le plan linguistique. A tous ces niveaux, ils établissent que les Noirs Africains sont sans civilisation, sans science véritable qui pourrait favoriser le progrès. Toutes ces "bonnes nouvelles" qu’ils sont venus annoncer avait un seul but : convaincre le Noir de sa sous-humanité afin de rendre nécessaire la colonisation.

Deuxième partie : De la colonisation à la post-indépendance : Le Noir, une chose nécessaire au développement occidental

  1. 1.     Sans Occident, pas d’Afrique

Ainsi, psychologiquement, il fallait atteindre les Africains. L’Africain ne réfléchit pas. Et « ce manque de réflexion est la cause de son retard dans la civilisation. »[1] L’Africain se rend compte par lui-même qu’il est incapable d’inventer comme le Blanc, de guérir efficacement comme le Blanc, de tuer efficacement comme le Blanc. Le Noir, à l’image de la Grande Royale de L’Aventure ambigüe, est atteint. Ces Blancs « étaient étranges (…) Où ils avaient mis du désordre, ils suscitaient un ordre nouveau. »[2] Psychologiquement donc, l’homme noir se voit comme ne sachant rien, ne sachant rien faire, et finalement ne pouvant rien faire sans le Blanc. Il faut s’identifier au Blanc. Pour ce faire, il faut se faire coloniser.

Sur le plan historico-religieux, les Africains n’existent que par leur rencontre avec l’Occident et la Raison occidentale. Hegel l’a dit : « L’esclavage a fait naître plus d’humanité parmi les Nègres ». Ce qu’il veut dire, c’est ce que clarifie Gobineau : « L’histoire ne jaillit que du seul contact avec la race blanche. ». Si donc l’Afrique veut avoir une histoire, elle doit s’attacher à l’Occident, pour essayer d’entrer dans la sienne. Or l’histoire de l’Occident, c’est celle que racontent les mythes gréco-romains. Ce sont aussi, à partir de Jésus-Christ, les mythes bibliques. Si les Blancs sont des hommes, c’est en ce sens que leur histoire originaire est relatée par exemple par la Genèse biblique. C’est pourquoi, le Noir doit aussi être christianisé pour entrer dans cette histoire religieuse qui fait de l’Occident le maître du monde. Cheikh Hamidou Kane a tord d’affirmer que l’Islam est la religion du cœur de l’Afrique.[3] La religion qui doit occuper le cœur de toute l’humanité, c’est le christianisme dont l’Occident se fait le missionnaire car véhiculant mieux l’idéal de sa rationalité.[4] Laquelle rationalité doit amener tout homme à philosopher afin d’entrer dans l’histoire scientifique.   

Ainsi, durant plus d’un demi-siècle, les Européens ont colonisé l’Afrique. Durant cette période, les Noirs ont renoué avec les pires inhumanités infligées par les hommes de l’Ouest après celles de l’esclavage.

  1. 2.     La barbarie occidentale

Mais, comme le dit l’un de leurs penseurs, « En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou "barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie ».[5] Ce constat de Claude Lévi-Strauss s’est confirmé entre 1914 et 1945 ; période pendant laquelle les très évolués "Toubabou" se sont livrés à la morts et à la ruine les uns par les autres.

La revendication d’une égalité entre Blanc et Noir devient par là, légitime. Et puis, à l’aube des années 60, les "indépendances sont tombées". Mais, depuis lors, qu’est-ce qui a changé dans les Etats africains ? Qu’est-ce qui a changé dans la vie des Africains ? Est-ce que l’homme blanc a finalement accepté l’humanité de Noir ?

  1. 3.     Regard de Blanc : Le Noir demeure un sous-homme

Lorsque nous regardons d’un œil débarrassé de tous les intérêts politiques, nous nous rendons compte que, pour les Blancs, le Noir n’est pas ou peut-être n’est pas encore parvenu à l’humanité.

Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un regard sur la manière dont nos chefs d’Etats sont traités, à la limite de l’infantilité. Il suffit de voir combien la mort de milliers d’Africains ne vaut rien face à la mort d’un seul Européen tué même par accident. En Afrique, la dictature n’a pas la même signification que celle que donne le dictionnaire de la langue française. En Afrique, le développement, c’est lorsqu’on mange trois fois par jour, dixit Jacques Chirac à propos de la Tunisie.

Je veux abréger cet écrit (pour abréger la peine que j’ai face à cette situation), en disant ceci : Si Thomas Sankara avait été Blanc, Blaise Compaoré serait actuellement un terroriste. Et c’est parce que Hitler a tué des Blancs qu’il est digne de recevoir les pires qualificatifs de la part des Occidentaux. S’il avait assouvi sa soif de sang en Afrique, il serait un héros digne d’être célébré en Europe. Si Vladimir Poutine avait provoqué la guerre dans un pays africain, la Russie aurait bénéficié de deux années supplémentaires à la tête du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Pour, l’Occident, le Noir est loin de cesser d’être un sous-homme.

NB : Je dis ce que je constate. Je dis les choses telles que je les pense, à mes risques et périls.

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l’Africanité.

 



[1] Père Eugène Mangin, P.B., "Les mossi", in Anthropos, X-XI, p 325, cité par Lévy-Bruhl, Idem, p 17.

[2] Kane (Cheikh Hamidou), L’Aventure ambigüe, Paris, 10/18, 1996., p 60

[3] Kane (Cheikh Hamidou), Idem, pp 6-7

[4] La rationalité occidentale utilise la religion pour exploiter l’homme. Pour Karl Marx, La religion « est l’opium du peuple », Critique de la philosophie du droit de Hegel (1843), Edition bilingue, trad. M. Simon-Aubier, Paris, Aubier Montaigne, 1971, P53

[5] Claude Lévi-Strauss,  Race et histoire, Paris, Éd. Denoël-Gonthier, coll. Médiations, 1968, p 22