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12/02/2016

EN AFRIQUE, IL FAUT QUE LE PHILOSOPHE SOIT ROI OU QUE LE ROI PHILOSOPHE

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credit photo: slideshare

Le mal de l’Afrique est lié à la gestion du pouvoir politique par ses dirigeants. La plupart d’entre eux a une vue bornée de la politique, et de la chose publique dans son ensemble. Des dirigeants qui ne voient jamais que le recto, sans jamais se soucier du verso des problèmes qui minent la société, voilà ce qui gangrène les Etats africains.

C’est pourquoi, nous proposons ici une relecture, africainement actualisée, de Platon quant à l’occupant du pouvoir dans la Cité africaine. Lisons un passage de La République, au Livre V, 473 c-d : « S'il n'arrive pas, repris-je, ou bien que les philosophes deviennent rois dans les Etats, ou que ceux auxquels on donne le nom de rois et de princes ne deviennent philosophes, authentiquement et comme il faut, et cet ensemble, pouvoir politique et philosophie, se rencontre sur la même tête, s'il n'arrive pas d'autre part qu'aux gens cheminant de nos jours vers l'un de ces buts à l'exclusion de l'autre, (...) on ne barre de force la route, (...), alors mon cher Glaucon, il n'y aura pas de trêves aux maux dont souffrent les Etats, pas davantage, je pense à ceux du genre humain... »

Ce que propose Platon ici, c’est que le pouvoir politique doit être occupé par le philosophe, ou au moins, que celui qui occupe ce pouvoir doit apprendre à philosopher, sérieusement et sincèrement. Pourquoi faut-il que pouvoir, politique et philosophie soient réunis dans le même dirigeant, en même temps ?

Essayons de comprendre, le plus simplement possible, qui est le philosophe chez Platon ; et nous verrons pourquoi est-ce à lui que le pouvoir doit revenir, si nous voulons guérir l’Afrique.

Le philosophe, chez Platon, c’est celui qui a fait l’expérience de la dialectique. En effet, Platon a une vue dualiste de la condition humaine. D’une part, nous avons le monde sensible et ceux qui sont attachés aux plaisirs du corps et à la fascination de l’ombre projetée d’un monde, réel, au-delà des illusions du sens commun. D’autre part, nous trouvons le monde Idéal ou monde des Idées, pure réalité et origine de tout vrai savoir dont le sens commun n’a et n’est que la pâle copie. Plus simplement dit, le monde des Idées est celui de la Vérité, et le monde sensible est le monde des apparences.

Celui donc qui est attaché à ce monde des apparences, croit détenir le savoir, la vérité alors qu’il baigne dans un mirage qui semble lui être une plage balnéaire. Il s’enfonce dans cette illusion ; ignorant, mais surtout ignorant de son ignorance, il devient un danger pour la société, car il est doublement ignorant et refuse d’apprendre. Et comme il pense savoir, il s’offusquera qu’on lui dise qu’il ne sait pas. Alors, il verse dans le délire, dans la violence et dans la tyrannie lorsqu’il est au pouvoir.

Celui qui a fait l’expérience du monde des Idées, lui, est parvenu à la Lumière des choses, à leur pureté idéale, à leur Vérité. Comme tel, il prend ses distances vis-à-vis des apparences du monde sensible, accomplissant l’effort socratique pour se sortir de leur tombeau de corps, afin de valoriser l’âme. Le problème cependant est que l’homme qui a cette expérience de l’Idéal, a une vue tout aussi idéale de la société ; il voit tout du haut, met un fossé entre lui et la masse du sens commun. En fait, il a une vision de la société qui ne tient aucunement compte des contingences de la condition humaine et de sa dualité. Un tel homme au pouvoir ne tardera pas à être un dictateur, car se voyant au-dessus des autres.

Le philosophe au contraire, c’est l’homme qui, non seulement, a su quitter la caverne de l’ignorance pour faire l’expérience du Vrai, mais surtout qui sait accomplir le mouvement dialectique du retour vers les siens restés dans l’ignorance afin de tenter de les en sortir. Le philosophe donc n’est pas en dehors des contingences de la société ; il les vit, essaie de les comprendre et de comprendre la réalité du sens commun. Avec les siens, se frottant à eux, partageant leurs réalités quotidiennes, il les comprendra mieux et saura les aider à guérir de leurs maux parce qu’il a aussi l’expérience de la Vérité idéale.

Il faut que le philosophe soit roi, car il a une vue plus complète de la réalité sociale. Il est capable d’être pauvre avec les pauvres, riche avec les riches, ignorant avec les ignorants, savant avec les savants. Mais le but de tout cela, c’est de faire naître dans société, le modèle du monde idéale, bâti sur la Vérité, la transparence, l’honnêteté morale et intellectuelle, et l’amour du semblable. Le philosophe, parce qu’il a toujours quelque chose à dire, à proposer, parce qu’il prend le temps d’analyser chaque aspect de chaque problème, ne verse pas de sitôt dans la violence, la corruption, le culte de son moi.

Le philosophe que je propose pour nos sociétés africaines, ce n’est pas celui qui a étudié à la faculté de philosophie des Universités. Le philosophe-roi qu’il faut aux Etats africains, ce sont des personnes qui sont capables de dominer leur propension au plaisir charnel d’une part, leur moi intellectuel d’autre part, qui sont capables de percevoir et d’explorer toutes les facettes des problèmes, avec une vision dialectique, non catégorique, et qui finalement sont tellement épris de leur nation et de leur peuple que leur souci premier est de les sortir de la précarité, de l’ignorance afin de faire d’eux des citoyens fiers et épanouis, plutôt que d’exploiter leur ignorance et leurs faiblesses à des fin égoïstes et occidentiste.

En Afrique aujourd’hui, plus que dans la Grèce du Ve siècle avant Jésus-Christ, il est impératif que les dirigeants aient cette capacité dialectique du philosophe-roi.

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l’Africanité.

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