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24/02/2016

Réflexion: ECOLE VERS LES ELEVES OU LES ELEVES A L’ECOLE : LES PARADOXE DU NOUVEAU SYSTEME EDUCATIF IVOIRIEN

 

Depuis la Déclaration mondiale sur l'éducation pour tous et le Cadre d'action pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux, à Jomtien (Thaïlande) en 1990, la vision de l’éducation dans le monde changé. Désormais, « toute personne – enfant, adolescent ou adulte – doit pouvoir bénéficier d’une formation conçue pour répondre à ses besoins éducatifs fondamentaux ». En 2000, l’année du lancement des OMD, une autre Cadre d’action[1] a été rédigé pour réaffirmer les engagements de Jomtien et les préciser : nous « nous engageons à assurer pour tous les citoyens et toutes les sociétés la réalisation des buts et objectifs de l’éducation pour tous », proclament les dirigeants du monde réunis à Dakar au Sénégal. Récemment, en 2015, à Incheon (République de Corée), s’est tenu un autre Forum mondial sur l’éducation (Éducation 2030, Déclaration d’Incheon : Vers une éducation inclusive et équitable de qualité et un apprentissage tout au long de la vie pour tous).

A travers toutes ces rencontres, les décideurs du monde n’ont cessé de proclamer une « éducation pour tous » car « l’éducation est un droit fondamental de l’être humain. C’est une condition essentielle du développement durable ainsi que de la paix et de la stabilité à l’intérieur des pays et entre eux, et donc le moyen indispensable d’une participation effective à l’économie et à la vie des sociétés du XXIe siècle soumises à un processus de mondialisation rapide. » Et le rôle de chaque gouvernement, c’est de rendre réelle cette nouvelle idéologie éducative. C’est dans la veine de cette généralisation-démocratisation de l’éducation que le Ministère de l’Education Nationale de Côte d’Ivoire a instauré l’école obligatoire, et construit des Collèges de proximités, afin d’éviter aux enfants des campagnes d’être obligés d’aller loin de leurs familles pour les études secondaires ; ce qui a pour but de réduire le décrochage scolaire dû aux conditions difficiles d’études, dans les agglomérations, loin des parents qui, de surcroit, sont pauvres.

A première vue, cette mesure est louable, car elle rapproche l’école des élèves et des familles. Mais en réalité, c’est le seul avantage que l’on puisse tirer de cette affaire. L’on me pardonnera d’y aller directement, je doute fort que le gouvernement ivoirien ait fait une étude quant à la faisabilité de ce projet tant, sur le terrain, et dès le premier abord, l’on se rend compte de la catastrophe scolaire qui se prépare.

En effet, cette mesure est bien et a bien marché en France par exemple, car les élèves en France sont, pour la plupart Français, parlant Français dès les premiers mots, et ayant pour langue maternelle le Français. Ainsi, un Collège dans chaque village, dans chaque campement de la France (s’il y en existe) est chose légitime, car un petit Français n’a pas besoin d’apprendre Français au CP1.

Mais, en Côte d’Ivoire, comment peut-on apprendre à un petit Baoulé (ce choix ethnique arbitraire mais légitime), né au campement, dont les parents ne parlent que le Baoulé, de maîtriser les bases grammaticales de la langue Française tout en restant dans son campement natal ? La construction abondante de nouveaux Collèges dans les grandes villes ivoiriennes, dans tous les quartiers et sous-quartiers d’Abidjan aurait encore été plus profitable ; car là, les enfants s’expriment déjà mieux en Français dès le bas âge. 

Peut-être, me dira-t-on, d’où sors-tu tout cela ? Eh bien, je le sors du Lycée Municipal de Brobo et de plusieurs autres Collèges dans des zones rurales et semi-rurales à travers le pays. Comment comprendre qu’un élève de Terminale A2 ne soit pas capable de formuler correctement une phrase en Français sans risquer d’être repris et corrigé (Molière est mort au moins une centaine de fois à Brobo), ou de dire : "Missié ma short est déchiré(e ?)", ou encore qu’on demande à un élève de 6ème de citer cinq organes de sens, et lui d’écrire comme réponse : "escomac, instestin grel, globule rouge, globule blanc, etc. " ? Pire, quand ils commencent une phrase, et qu’ils sont incapables de l’achever en Français, ils la terminent en Baoulé(simplement et froidement). En classe, dans la cour de l’école, dans les rues, à la maison, tout est Baoulé. Je m’interroge toujours : Comment s’exprimeront les intellectuels ivoiriens d’ici 2030 ? Ou bien, sont-ce seulement les enfants d’Abidjan qui dirigeront ce pays ?

Si tel est que l’objectif du gouvernement d’amener tous les enfants de Côte d'Ivoire à l’école (ce qui est une chose) et de leur donner les mêmes chances de réussite (ce qui est une autre chose), alors il faudra revoir le système d’orientation dans les Lycée et Collèges. Ne serait-il pas mieux de construire des internats, en grand nombre et de grande capacité d’accueil, dans les établissements des villes où les enfants apprendront plus facilement à s’exprimer en d'autres langues (anglais, espagnol, allemand), mais aussi à se frotter aux réalités de la vie citadine ?

Franchement, l’école, là où elle va, risque de commettre un suicide par noyade des principes même de l’éducation de base et de l’éducation pour tous. Il n’est pas encore tard, mais il pourrait l’être très bientôt, si des réflexions serieuses et approfondies ne sont pas menées sur le sujet par les décideurs pour tenter de remédier à tous ces maux scolaires.

Vivement, que l’école retrouve son lustre et son intérêt d’entant.

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l’Africanité


[1] Cadre d’action de Dakar - L’Éducation pour tous: tenir nos engagements collectifs, 2000

21:53 Écrit par Doh Koué | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |