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02/06/2016

LE CONSEIL DES FEMME CHEZ LES KROUMEN DE TABOU (Les Tépos de Blidogba)

 

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Situation géographique de Blidouba: Crédit Google Maps

Le peuple Kroumen de Tabou est composé de huit (8) tribus : les Plapos, les Baïpo, les Hompos, les Trèpos, les Glaros, les wlopos, les dapos et les tépos.

Je suis glaro, mais je suis né et j’ai presque grandi à Blidogba (on verra Blidouba dans les documents officiels)[1], un village tépo sur l’axe Tabou-Olodio. Ce qui fait que je connais mieux l’organisation de cette tribu que celle des glaros (même si ma connaissance n’en est pas parfaite).

Les tépos, comme tous les peuples Kroumen d’ailleurs, sont un peuple démocratique. En fait, le chef du village y est élu par un conseil restreint qu’on aurait appelé Conseil des grands électeurs si l’on était dans une perspective américaine. Le chef élu est assisté par un conseil de notables dans ses tâches coutumières, sociales et administratives.

Dans le présent article, j’aborderai la place qu’occupe la femme dans l’organisation sociale chez les tépos, particulièrement ceux de Blidogba. La femme, comme dans toutes sociétés, est la mère de la famille. Comme telle, son premier rôle est de prendre soin de sa famille (enfants, mari, et autres habitants de la maison). Lorsque les hommes tépos ont défriché, mis le feu et ratissé le champ, c’est aux femmes qu’il revient de faire la semence, le sarclage ; bref d’entretenir le champ jusqu’à la récolte. Les tâches ménagères (cuisine, vaisselle, lessive, etc.) sont aussi à mettre sur son actif. Et surtout, elle doit préparer ses filles à devenir des femmes qui sauront tenir leur rôle plus tard dans la société.

Ce sur quoi je mettrai l’accent cependant, c’est la place des femmes dans la gestion sociale du village.

Faisons cette remarque avant de continuer. La femme tépo n’est généralement pas appelée à prendre la parole lors des prises de décisions qui nécessitent des débats publics ; elle est plutôt la "nuit" qui donne des conseils à l’homme qui prend part aux débats. Je tiens à signaler ici que cela est ainsi, non pas parce que la femme est sans importance dans la société kroumen, mais parce qu’il y a des paroles qu’on ne doit pas lui dire en public. Pourtant, le débat sous l’arbre à palabre peut être houleux ; et là, des propos pas très catholiques peuvent être échangés.

Pour éviter un affront à la femme d’autrui, il est préférable qu’elle confie son point de vue à son homme qui viendra le défendre en public : pour tout dire, la femme est une faiseuse de sage la plupart du temps.

Et le jour où les femmes sortent pour parler en public, prendre des décisions en publiques, aucun homme ne peut les en empêcher ; elles convoquent le conseil à l’aide d’une cloche, pour rendre un jugement qui ne peut être contesté sinon par le pardon et la clémence que l’intéressé ou le conseil du village aura demandés et obtenus (ce qui est rare).

Le conseil des femmes, comme nous l’avons dit, sort très rarement. Et sa sortie est rendue nécessaire par une situation d’une extrême gravité qui ébranle la féminité, donc l’ordre social établi : on ne tient pas des propos indécents, impudiques, en public, à l’endroit d’une femme. Lors donc que la féminité (source de vie) est injuriée, c’est l’équilibre de la société même qui est rompue ; et toutes les femmes qui se sentant visées au-delà de la seule femme objets de ces injures.

Comme nous le voyons, c’est par la dignité gardée de la femme que la société kroumen trouve son équilibre. Lorsque cette dignité de la femme est bafouée, c’est ce que la société a de plus sacré, et qu’elle garde jalousement, qui vient d’être foulé aux pieds. Le conseil inédit des femmes vient, en siégeant et par son verdict inéluctable, redonner au tépo ce qui fait son âme.

Alors, il est bon de demander l’égalité des Droits de la femme avec l’homme, mais ce faisant, ce sont les valeurs de nos sociétés africaines qui sont piétinées, et l’âme de l’Africain qui trépasse. Car en réalité, la femme, chez le kroumen par exemple, n’est pas sans valeur au contraire. Et je sais que cela l’est dans plusieurs de nos cultures. Nos législateurs devraient donc chercher à comprendre nos cultures (appelées péjorativement traditions), afin de préserver l’âme de l’Afrique lors des votations des lois importées.

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l’Africanité

 

[1] Blidouba ne veut rien dire en tépo. La vraie appellation de ce village est Blidogba qui signifie la "colline des bœufs"

17:23 Écrit par Doh Koué dans Africain, Culture, Femme, Humanisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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