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03/10/2016

TUE-LE... ET TU DÉPENDRAS DE MOI

La situation de l'Afrique et des africains aujourd'hui, est semblable à celle de deux frères (Gnonkpô et Gnonzouhou) qui n'ont plus rien à manger sinon que deux épies de maïs. 

S'ils les mangent, alors ils pourront attendre, dans une impatiente patience, que la mort vienne leur demander la main pour un mariage éternellement obscur.

Alors Gnonkpô dit à Gnonzouhou:

- Nous avons de la terre bien fertile autour de nous. si nous mangeons nos épies maintenant, nous mourons. Voici ce que je propose: "Nourrissons-nous de mon épie. Quant à la tienne, nous pourrons la semer. Et dans trois mois, nous aurons du maïs en abondance."

Gnonzouhou pense au temps qu'il faudra attendre jusqu'à la moisson... Il est triste de savoir que les mois à venir seront très durs. Mais Gnonkpô a raison. S'ils ne sèment, ils n'auront rien non plus. Et la race des Gnon serait vouée à la mort certaine.

Pendant qu'il s'apprêtait à soutenir l'idée de son frère, voilà que survient Gnoulou le blanc qui dit en substance à Gnonzouhou:

- Ton frère ne t'aime pas. Si vous faites comme il t'a dit, vous mourrez de toutes les façons. Pense-tu que tu pourrais survivre en attente d'une hypothétique moisson? J'étais juste à côté, et j'ai tout entendu de sa proposition.

Et voici ce que je te propose, moi Gnoulou le blanc: "Tue ton frère Gnonkpô, et tu auras les deux épies pour toi seul. Mange-les entièrement. Et sois-sûr; tu ne risque aucune famine, car moi, Gnoulou le blanc, je prends l'engagement de t'apporter tout ce dont tu as besoin pour ne pas mourir... Tout, tu entends? Pourvu que ton boureau de frère ne soit pas là. Je te l'assure, il veut te tuer. Donc, ne lui dis rien... Il est jaloux de toi. Si tu le tues, tu domineras en tant que le seul Gnon sur tous les Gnon... Je te fournirai tous les outils affairant à la mort.

Alors Gnonzouhou prit les outils de la mort, s'avança, couvert par l'ombre de Gnoulou, tua son frère.

Gnonzouhou pensait être soulagé. Mais au moment de le réaliser, il est trop tard... Gnoulou lui réclame la paie de son action salvatrice. Il fixe lui-même son salaire; l'une des deux épies de maïs et la portion de terre appartenant aux Gnon. 

- Mais pour quoi faire?, lui demanda Gnonzouhou ne comprenant toujours rien.

- Tu n'as rien vu encore, lui répondit Gnoulou... Tu dépends désormais de moi, tu ne pourras plus rien faire sans moi. Ton frère était plus intelligent que toi. Je ne l'aurais eu aussi facilement... Mais calme-toi. Pour m'avoir donné ta terre et ton maïs, je te nourrirai. Tu ne manqueras de rien tant que tu resteras bête comme maintenant, tant que tu resteras un sous-homme (un homme en dessous de moi), tant que tu ne suis pas les traces de ton défunt frère.

Gnonzouhou venait de comprendre qu'il était pris au piège. Son frère ne voulait pas sa mort au contraire.

Il se met à regretter son frère. Alors il pense à lui rendre un hommage posthume: il l'érige en héros national (n'est-ce pas qu'il y a plusieurs héros posthumes nationaux dans nos Etats africains? Comme si l'Africain n'était capable d'actions héroïques que dans sa tombe ou dans la statue érigée par ses tueurs en son "honneur").

Mais, cet acte pourra-t-il changer la condition des Gnon? Non! C'est la raison pour laquelle ils risquent de ne jamais sortir de ce gouffre abyssal dans lequel ils s'enfoncent toujours un peu plus chaque fois qu'ils livrent l'un des leurs, des plus intelligents.

Pour son émergence, l'Afrique doit cesser de sacrifier ses fils et filles sur l'autel de son exploitation.

Ce n'est pas une question politique. C'est une question de survie. Il y va du salut de l'Africanité, car chacun de nous rendra compte, devant l'histoire, à Dieu.

Afrique, lève toi, il n'est pas encore tard pour te ressaisir.

Doh Koué, La voix qui crie dans le désert de l'Africanité, oct. 2013

12:46 Écrit par Doh Koué | Lien permanent | |  Imprimer |  Facebook | | | |