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11/07/2017

Lettre ouverte -- AUX PRESIDENTS DE L'AFRIQUE FRANCOPHONE: QUAND ON NE VEUT PAS, ON DIT NON!

CFA, Non, Afrique, Colonisation

 

Bondoukou, le 11 juillet 2017

 

 

Excellence Monsieur le Président

de la Commission de l’Union Africaine

 

Excellences Messieurs les Présidents

Des États d’Afrique francophone

 

Objet : CFA : quand on ne veut pas, on dit non !

 

Excellences,

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ces quelques lignes. J’ai voulu même les écrire au Président français un moment donné. Mais j’ai finalement choisi de parler aux miens, à mes présidents, à nos présidents, vous qui détenez les destinées de nos Etats.

Excellences, je me permets de m’adresser à vous, car je suis une partie de vous, une partie de ceux que vous dirigez si maladroitement. Je me suis autorisé à vous écrire afin de vous dire une part ce que je pense du Franc CFA.

Excellences, je ne vous apprends rien quant à la manière dont nos peuples ont voté « OUI » au Référendum de 1958. Ce texte qui suggérait ou du moins imposait que nos pays soient des Frances d’Outre-Mer, a été plébiscité partout sauf dans le Guinée de Sékou Touré (l’un de vos augustes prédécesseurs monsieur le président de l’UA). Et Dieu seul sait combien le peuple guinéen en a souffert ; non par parce qu’il ne pouvait se prendre en charge lui-même, mais parce qu’il a été persécuté, mêmes par ses frères africains.

Le Franc CFA, Franc des Colonies Françaises d’Afrique, ne saurait s’appliquer qu’aux colonies françaises. Et pour nous qui l’utilisons, ne nous dites pas Excellences, que nous sommes des Etats souverains !

Nous ne sommes pas souverains, indépendants pour deux raisons : la première, parce que nous parlons français, et la seconde parce que notre économie est définie par la monnaie des Français.

La langue : instrument de colonisation

La langue est le « système d’expression et de communication, commun à un groupe social » [1]. Elle est l’instrument qu’a ce groupe pour transmettre ses pensées, sa vision du monde et de l’homme. Autrement dit, tel un peuple s’exprime, tel il pense. La langue est pour ainsi dire le véhicule de la culture d’un peuple et est l’expression de son identité culturelle. Entendons par identité culturelle, « ce qui différentie et distingue un homme ou un peuple d’un autre, sous un angle dynamique. Elle consiste dans la vision du monde, dans la conception de l’homme et de son rapport au monde. L’identité d’une culture, c’est ce qui fait que sa vision du monde et les œuvres qui en découlent n’appartiennent qu’à cette culture et la rendent différente des autres. »[2] Cette différence qui existe entre l’Afrique et l’Occident, entre Occidentaux et Africains, c’est justement ce que refuse l’Occident à travers la colonisation comme entreprise de civilisation des sous-hommes africains.

En renonçant au vecteur de sa culture, c’est à sa culture même, à son identité, donc à elle-même que l’Afrique a renoncé. Ce qui fait que nos cultures africaines authentiques n’existent quasiment plus ou sont obligées de se voir désacralisées afin de leur conférer une valeur occidentale par leur exhibition télévisuelle.

Par ailleurs, comment puis-je me dire, mieux me dire et dire ma réalité dans une langue qui ne tient aucunement compte d’elle. Pourquoi le "Glê" de ma culture doit-il se nommer masque ? un mot qui en déforme la réalité ? Pourquoi sommes-nous obligés de trouver une correspondance occidentale à tous nos faits culturels si nous ne voulons pas les voir relégués au rang de folklore ? Pourquoi vous, nos leaders, avez-vous accepté ainsi et acceptez-vous toujours que nous ne soyons plus que ce que la langue français dit de nous ?

Dans ces conditions, Excellences, où est notre souveraineté ? Où se trouve notre indépendance ? Où sommes-nous, nous-mêmes ? Que valons-nous sans ce qui nous fait africains : nos langues ?

Le Franc CFA (F-CFA)  pour une Economie des Colonies Françaises d’Afrique (E-CFA)

Le Franc, c’est la monnaie des Français, en l’honneur à leurs ancêtres Francs. Quel lien avons-nous avec ces derniers si ce n’est d’avoir été les élèves, les colonies de leurs descendants français ?

Excellences messieurs les Présidents, vous vous êtes trahis, vous avez trahi vos ancêtres en jouissant inutilement des fruits de l’arbre qui a germé sur l’autel de leur sacrifice, et vous avez trahi vos peuples et vos jeunesses.

En effet, en sachant ce que signifie CFA, vous n’avez jamais osé entreprendre d’en sortir. Et quelques-uns de vos pairs qui l’ont tenté, vous les avez livrés pour entretenir l’autel du sacrifice de l’exploitation de notre Afrique. Hélas !

Excellences, aucun d’entre vous n’a imaginé, pour son peuple, un système économique qui pourrait rendre heureux ce dernier, puisque vous êtes contraints de rédiger tous vos projets en français, une langue dont seuls les Français ont les clés de codes. Vous n’avez aucun secret puisque les informations « Top secrets » se sont affranchies de vous pour appartenir au colon.

Excellences, vos vies vous coûtent trop chères pour vous risquer dans une tentative de déCFAtisation.

Excellence monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine, quand on ne veut pas, on dit non ! On ne va pas demander la permission à celui qu’on veut nier avant de s’engager.

Le fils des Francs a bien raison : On sort ou on reste dans le CFA. Si on veut sortir, sortons, sortons tout de suite. Si on y reste, alors, fermons-là ! –Quelle humiliation de savoir qu’on n’osera même pas dire sortir- Hélas !

Excellences messieurs les Présidents, si nous ne quittons pas le CFA, nous finirons par disparaitre ; car vous ne travaillez pas pour nous, vous travaillez pour la France, tous vos plans économiques se faisant et se défaisant au gré de la politique économique française.

OSONS DIRE NON ! ça ne tue pas au contraire ! ça grandit !

 

En guise de conclusion : La langue française est ce qui, comme le cordon ombilical non coupé, tient nos peuples à la France coloniale. Cependant, et puisqu’il a traversé tout un siècle, depuis la proclamation des colonies jusqu’aujourd’hui, ce temps a certainement eu de l’effet sur l’état de ce cordon ombilical et sa capacité à toujours retenir les pays africains.

Excellences OSONS avoir nos propres LANGUES ; OSONS sortir du Franc ! OSONS CREER Afrikiya !

 

Tout en raccourcissant mes propos quelque peu ramassés, je m’excuse pour le ton et les idées trop limitées. Je sais en effet que vous savez déjà ce que je dis, mais il fallait que je le rappelle. Veuillez recevoir Excellences l’expression de ma très haute considération.

 

Doh Koué, La voix de celui qui crie dans le désert de l'Africanité.

Diplômé de Philosophie et des Sciences de l’Éducation

Éducateur en milieu scolaire

Blogueur



[1]Le Robert de poche, Paris, Dictionnaires LE ROBERT, 1995, p 410
[2] Prof Boa Thiémélé (L. Ramsès), "Que faire de nos multiples identités ?", in Mosaïque, Revue interafricaine de philosophie, No 1, Décembre 2003, p 75

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