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09/08/2015

COMPRENDRE LA COLONISATION POUR COMPRENDRE NOTRE HISTOIRE 1ère Partie: LA COLONISATION DANS LA GRECE ANTIQUE

 

Par Doh Koué, la voix de celui qui crie dans le désert de l'Africanité

Colonisation grecque

 

Crédit photo: Cours collège

 

L’Occident moderne, l’Occident de la révolution industrielle et du Capitalisme, s’est forgé une rationalisation de la colonisation de l’Afrique. Toutefois, vu la traite négrière, vu les conquêtes romaines, et beaucoup avant, les conquêtes grecques, ne pouvons-nous pas dire que la raison occidentale, naturellement, c’est-à-dire avant même l’essor de la technoscience, est une raison conquérante ? La colonisation comme conquête et possession d’un territoire qui n’était sien pour en faire sa propriété, n’est-elle pas la postérité d’une raison occidentale initialement conquérante ? Mais aussi, la raison occidentale comme conquête, n’est-ce pas le signe que l’Occident est toujours en quête d’un bonheur qu’il ne trouve qu’ailleurs ?

         Avant donc de parler de la colonisation de l’Afrique comme manifestation d’un désir de domination inhérent à la raison occidentale, dans son caractère technicien, il serait, pour nous plus approprié de voir comment, selon le mot de l’historien français Michel Winock, « la colonisation est un phénomène presque aussi vieux que l’histoire des hommes. »[1], surtout des hommes de l’Ouest. Ce qui nous permettra de comprendre que la colonisation africaine n’est qu’une des figures prolongeant une quête de bonheur de l’Occident, qui passe par la conquête de ce qui peut apporter le bonheur, et donc aussi par la domination.

  Aujourd’hui, lorsque nous parlons de  colonisation, l’esprit fait immédiatement allusion à l’Afrique, qui a été occupée, dominée et exploitée par les Européens dès la fin du XIXe siècle jusque dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette colonisation qui fut celle de la pacification brutale[2], des corvées, du travail forcé et de toute forme d’inhumanités vis-à-vis des Nègres africains, a fini par convaincre plus d’une personne que coloniser revient à dominer, exploiter, violenter pour tirer profit. Cependant, le fait colonial, au sens originel, étymologique, désigne tout autre chose que la domination et l’exploitation de l’homme par l’homme.

Selon Jules Harmand, « il faut réserver le nom de colonisation à l’appropriation, à la mise en œuvre et à l’exploitation du sol, et à un certain degré, du sous-sol immédiatement utilisable. Coloniser –de colere, cultiver- c’est essentiellement, exploiter un terrain ou un territoire soit jusque-là sauvage ou à l’état de nature, soit déjà en partie aménagé, mais néanmoins toujours en posture économique trop médiocre pour fournir une production régulièrement avantageuse. ».[3] Si donc la colonisation, originellement, est domination et exploitation, cette domination et cette exploitation sont celles des ressources naturelles en vue d’en tirer profit. La colonisation est le déplacement massif vers un lieu, l’habitation et la mise en valeur de ce lieu, par un peuple en quête de bien-être. C’est ici que le terme prend tout son sens étymologique. En effet, comme l’a dit Harmand, coloniser vient du verbe latin "colere" qui signifie « cultiver une terre, habiter un lieu, et honorer ses dieux. ».[4] C’est donc celui qui habite un lieu dont il met en valeur la terre et rend un culte aux dieux, qui s’appelle "colonus", c’est-à-dire « paysan, en particulier métayer ou serf attache au sol », ou "incola" c’est-à-dire habitant.

Cette forme de colonisation n’a pas un but d’exploitation et de domination de l’homme par l’homme, mais au contraire, est une initiative de libération face à un espace trop étroit pour tous les membres d’une société, pour l’habitation et la culture. Loin d’être une initiative de violence, elle vise à éviter, à la société, les violences qui peuvent naître de la cohabitation en un lieu trop réduit. C’est, du reste, ce type de colonisation, colonisation de peuplement, que nous retrouvons dans la Grèce antique.

La conquête de territoires nouveaux est une caractéristique essentielle de la raison occidentale. Dans l’Antiquité grecque, une partie de la population quittait la métropole, la Cité mère, avec l’autorisation de l’Assemblée et la bénédiction d’un Oracle, pour aller à la conquête d’un autre territoire d’où elle ne reviendra plus. Cette nécessité de quitter la Cité mère pour s’établir, définitivement, dans un autre lieu, peu connu, est motivée, chez les Grecs, par plusieurs raisons.

La première et la plus importante cause des conquêtes coloniales est ce que nous appelons la "stenochôria". Le terme grec "stenochôria" vient de "stenochôréa" qui signifie « être à l’étroit ». Ce qui motivait donc d’abord la colonisation dans la Grèce antique, n’est rien d’autre que le manque d’espace habitable et cultivable. En effet, « grâce à l’amélioration du climat au milieu du premier millénaire avant notre ère (plus chaud et plus humide, attesté par la palynologie et la sédimentologie, la surpopulation sur les rives de la Méditerranée a dû se faire sentir. »[5] Face à cette surpopulation qui crée la "stenochôria", les Grecs optent pour un départ vers de nouvelles terres. De cette façon, la colonisation est, non en vue d’une exploitation d’autres peuples, mais pour donner à chaque citoyen une chance de vivre et de s’épanouir, c’est-à-dire d’avoir une habitation et un espace cultivable sans pour autant qu’il nait besoin de faire la guerre aux autres.

Or, les crises, il y en tout de même au sein de la société grecque. Et elles constituent justement la seconde raison des expéditions coloniales. Ces crises sont désignées par le nom de "stasis". Autrement dit, ce ne sont de simples mésententes dans la Cité. Ce sont des crises qui peuvent aller jusqu’à la guerre civile. Ainsi, la colonisation devient-elle nécessairement un moyen pour éviter que les différentes crises ne dégénèrent en conflits armés. Ici, contrairement à la société moderne, où les conflits très souvent de l’opposition de deux classes sociales comme par exemple Bourgeois et prolétaires, les crises dans la Grèce antique étaient celles émanant de la confrontation au sein même de l’aristocratie : « Il ne s’agit pas forcément d’un conflit entre aristocratie et peuple, mais surtout des débats pour le pouvoir entre groupes aristocratiques et leurs clientèles respectives, ou d’une opposition à l’intérieur du groupe dirigeant (…) »[6] Cette course au pouvoir qui crée des conflits au sein de la classe dirigeante, met le Cité dans une situation d’instabilité, d’insécurité qui menace non seulement l’harmonie, mais en même temps expose la Cité aux invasions. Face à ces menaces qui pèsent sur la Cité mère, les colons, c’est-à-dire les citoyens qui décident de partir, envisagent de « fonder une Cité meilleure, voire idéale. »[7]

Aussi, le progrès de la navigation et des motivations commerciales peuvent expliquer la colonisation grecque antique. En fait, les Grecs avaient fait des progrès remarquables en matière de navigation, progrès dû à des connaissances maritimes de plus en plus affermies. Ce qui fait que les hommes pouvaient se déplacer en grand nombre sans avoir besoin de laisser leurs biens dans la métropole, car les navires pouvaient transporter des charges de plus en plus grandes.[8] De même, les nouvelles Cités qui se créaient ne risquaient pas de connaitre des pénuries, parce que le progrès de la navigation avait favorisé le développement de l’activité commerciale.

Au total, si la "stenochôria", la "stasis" ou la navigation ont favorisé la colonisation dans la Grèce antique, il est à noter que cette colonisation n’est qu’une colonisation de peuplement. Elle était en vue d’éviter la guerre, la famine à la Cité.



[1] WINOCK (Michel), "Pourquoi l’Europe a conquis le monde ? ", in L’Histoire, No 302, Octobre 2005, www.histoire.presse.fr, consulté le 11/02/2010.

[2] Allusion faite à la méthode pacificatrice employée par le gouverneur français Gabriel Louis Angoulvant dans la colonie de Côte d’Ivoire de 1908 à 1915.

[3] Harmand (Jules), Domination et colonisation, Paris, Flammarion, 1910, p 102, cité par Guy Pervillé, "Qu’est ce que la colonisation ?" in Revue d’histoire moderne et contemporaine, No de Juillet-Septembre 1975, tome XXII, consulté sur http//guy-pervillé.free.fr le 16/02/2010.

[4] Pervillé (Guy), Ibid.

[5] "La colonisation", www.wikipedia.com, Encyclopédie libre, consulté le 11/01/2010, référence faite à la Société Géologique de France, Les climats passés de la Terre, Paris, Vuilbert, 2006, ISBN.978-7117-5394-9, et à Jean-Claude Gall, Paléoécologie : paysages et environnements disparus, Paris, Masson, 1994.

[6] www.wikipedia.com, Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.